Les îles Canaries furent peuplées il y a 2 000 ans par des populations agricoles originaires d'Afrique du Nord, marquant la limite occidentale de la colonisation humaine eurasienne avant le contact des Européens avec les Amériques. Il s'agit d'un exemple exceptionnel de colonisation, car les premiers colons restèrent isolés jusqu'à l'arrivée des Européens et leur colonisation au XVe siècle. À leur arrivée, les populations canariennes parlaient des dialectes distincts et ne possédaient pas les compétences maritimes nécessaires pour naviguer entre les îles. La colonisation des îles Canaries est un exemple d'adaptation et de durabilité, car les populations ont su créer des paysages anthropiques capables de subvenir aux besoins d'une population croissante sur des îles aux écosystèmes diversifiés et isolés, caractérisées par une faible densité de ressources alimentaires. Cependant, la manière dont les premiers colonisateurs ont transformé des îles vierges en paysages domestiqués pour les rendre plus habitables reste encore à élucider.
Le projet IsoCAN explorera la première colonisation des îles Canaries, du début de l'ère commune au XVe siècle après J.-C., qui représente la dernière expansion du système agricole méditerranéen. Ce projet permettra (1) d'établir la chronologie de la colonisation initiale des îles Canaries ; (2) de déterminer les origines géographiques et la variabilité génétique de la population humaine, des espèces domestiquées (animaux et plantes) et des espèces parasites (insectes) ; (3) de définir le processus d'adaptation et de résilience des premiers colons ; et (4) d'étudier l'impact humain sur le paysage et la gestion des ressources naturelles.
Cet ensemble de données nous permettra d'explorer deux questions fondamentales : comment les humains colonisent-ils de nouveaux territoires, et quelles sont les adaptations culturelles et biologiques qui en découlent ? Ce projet ambitieux apportera un éclairage nouveau sur les mécanismes d'adaptation grâce auxquels des écosystèmes insulaires isolés et fragiles ont été colonisés avec succès par les sociétés humaines, en s'intéressant à la complexité sociale, aux pratiques de subsistance et à la transformation du paysage.